Réflexions sur les différences interpersonnelles
D'abord, il faut observer. Observer à quel point l'humanité s'est jusqu'à aujourd'hui trompée dans la manière d'appréhender les différences et variations interpersonnelles, de la constitution de groupes humains subjectifs voire factices à la négation pure et simple des différences entre individus. Car c'est cette erreur de différentiation qui est à l'origine de bien des échecs politiques, économiques, culturels et sociaux en tant que conséquences de comportements humains inadaptés à la réalité.
Chronologiquement, la société, consciente de l'existence de certaines différences entre individus, sans avoir la capacité à formaliser ces différences, a d'abord proposé puis imposé la détermination de groupes humains via des critères purement subjectifs, et même totalement erronés dans certains cas. Les différences entre individus ressenties ont alors été formalisées à travers des échelles de valeurs et de capacités appliquées aux groupes préalablement définis. Cette première démarche a abouti aux monstruosités que l'histoire propose de manière récurrente, du type esclavage, conflits religieux, génocide, racisme, tout ceci basé sur l'erreur fondamentale qui établit une relation de causalité nécessairement erronée entre l'appartenance à un groupe humain subjectif et l'assujettissement à des caractéristiques extraites d'une échelle de valeurs et de capacités également subjective et erronée. Le modèle global correspondant est la détermination et l'établissement de groupes humains subjectifs associés à des hiérarchies de valeurs souvent fausses, valeurs distribuées par groupe.
A la vue des catastrophes ayant été catalysées par ce premier processus, la société a proposé une nouvelle démarche quelque peu différente. De manière hypocrite, la masse a en effet nié les hiérarchies de valeurs quelquelles soient, celles erronées mais également les rares objectivement valables, tout en conservant une structure artificielle de l'humanité fondée sur la répartition des individus par groupes humains subjectifs. Ce processus a conduit au relativisme culturel forcené, à la mondialisation forcée, à l'annihilation des singularités objectives et au nivellement moral de l'humanité dû au fait que les valeurs les plus nobles sont souvent également les plus fragiles et donc se désagrègent spontanément sous la pression des instincts primaires les plus violents. Le modèle correspondant est l'absence et le rejet de hiérarchies de valeurs et de capacités mais la subsistance de groupes humains déterminés subjectivement. C'est l'état dans lequel l'humanité se débat aujourd'hui.
Les conséquences directes de ce dernier état sont nombreuses et explicites : on peut évoquer en particulier le formatage des esprits, l'absence d'authenticité et d'autonomie, la pathologisation des singularités objectives, le relativisme culturel, la censure des jugements de valeurs objectifs, puis par extension une schizophrénie de la société qui égalise les fonds tout en discriminant les formes via la subsistance des groupes humains subjectifs. Par-dessus tout, il faut remarquer avec quelle hypocrisie les pays riches conjuguent relativisme culturel et tentative de soumission de l'ensemble des groupes humains à la déferlante démocratique libérale occidentale.
Ensuite, une fois ces observations intégrées, il faut agir.
Commençons notre démarche par l'explication de l'utilisation du terme "singularités objectives". En effet, la présence de ce terme dans notre discours peut sembler contradictoire avec bons nombres d'opinions exprimées plus haut, en particulier la définition d'échelles de valeurs que nous avons qualifiées d'erronées. Nous affirmons sans ambiguité que deux échelles de valeurs indépendantes sont objectivement (car empiriquement et rationnellement) valables. Il s'agit d'abord de l'échelle bien connue de l'efficacité des fonctions cognitives formalisée par la théorie du quotient intellectuel associée à la théorie de l'intelligence générale de Spearman. La seconde échelle de valeurs, qui elle n'a pas encore été formalisée, correspond à l'échelle des valeurs morales, émotionnelles et instinctives. Cette seconde échelle de valeurs a été introduite par Kazimierz Dabrowski dans sa théorie de la désintégration positive et correspond à la classification empirique et psychophysiologique des sentiments, des émotions, de la sensibilité et des instincts. Par exemple, l'instinct primaire de conservation de soi, la recherche du plaisir, de la richesse, les instincts sexuels primaires sans sentiments, la domination correspondent à une classification de bas d'échelle. A l'opposé, des sentiments et sensibilités de type sacrifice noble, syntonie puis empathie, créativité, pardon, altruisme sont classifiés en haut de l'échelle.
Ces deux échelles de valeurs sont indépendantes a priori mais il est intéressant de souligner que l'on observe une corrélation positive importante entre leurs parties très hautesĀ : c'est de ces individus avec de telles caractéristiques dont nous parlons lorsque nous évoquons les singularités objectives.
A partir de ces deux échelles de valeurs objectives, nous sommes en mesure de proposer le modèle idéal d'appréhension des différences interpersonnelles au sein de l'humanité : il s'agit du modèle dans lequel la notion de groupe humain sera désintégrée et transcendée et qui prendra comme références objectives les deux échelles de valeur (pour résumer : les échelles intellectuelles et émotionnelles) ci-dessus présentées. La principale difficulté pour cette proposition réside dans le fait que la prise de conscience par un individu de l'existence objective des deux échelles de valeurs présentées n'est souvent possible que si cet individu est lui-même situé dans la partie haute de ces échelles.
Examinons un premier exemple lié à l'analyse d'une citation polémique : "les tribus d'afrique noire réalisent statistiquement des résultats inférieurs d'une déviation standard aux populations blanches à des tests d'intelligence non biaisés culturellement".
Le premier processus d'appréhension des différences interpersonnelles établi par la société, que nous rejetons en bloc, conduit aux résultats suivantsĀ : l'appartenance d'un individu au groupe humain "Populations noires" impose que son quotient intellectuel est inférieur à la moyenne. Les conséquences directes évidentes de ce processus sont racisme, puis génocide.
Le deuxième processus décrit, que nous rejetons également, aboutit quant à lui à des conclusions du type : cette observation est fausse, les tests utilisés ne sont pas bons, il n'est pas possible de quantifier l'intelligence. Ce processus, tout en acceptant tacitement la définition de groupes humains subjectifs (les populations noires), mais en redoutant les conséquences de l'observation ci-dessus, rejette l'idée d'échelle de valeurs objectives. Les conséquences sont également évidentes et tragiques : nivellement moral, intellectuel et culturel, annihilation des singularités objectives (décrites à l'aide des deux échelles de valeurs retenues ici), absence d'authenticité et d'autonomie de l'esprit, pathologisation de la différence et imposition d'une trame incontournable pour l'individu en ce qui concerne les processus mentaux, soumission à l'ordre de la quantité majoritaire.
Notre proposition de solution quant à elle permet d'aborder le problème sous un angle nouveau. Il s'agit ici de reconnaître, et même de revendiquer les différences entre individus pour les deux échelles de valeurs et capacités retenues, tout en transcendant la notion de groupes humains qui pour nous ne peut être que subjective et inutile. L'appartenance à tel ou tel groupe humain est hors sujet et n'a pas lieu d'être précisée. Le but est de travailler individu par individu à partir des échelles de valeurs mentionnées pour aboutir à des politiques individuelles de développement personnel harmonieux.
Les plus grandes avancées de l'humanité ont toujours été le fait d'aventures individuelles d'hommes de génies. Sans ce génie individuel, sans l'émergence et l'expression des singularités pour les deux types d'échelles, la stagnation puis la mort de l'humanité nous menace. L'observation puis le décryptage de la vie des grands hommes permet d'illustrer ce dernier propos.
La conséquence directe de cette proposition est la nécessité de mise en place de politiques socio-économiques et de plans de développement détaillés au niveau individuel et basés sur les échelles de valeurs précédemment citées. Il faut réaliser que cette démarche est la seule qui considère l'être humain d'une manière holistique, et qui lui reconnaît sa pleine valeur en ne le dissolvant pas dans la masse ; de plus, cette démarche élimine toute approche subjective basée sur des critères d'appartenance à des groupes humains factices (critères physiques, critères sociaux, critères économiques...)
Autre chose : à première vue, la démarche proposée paraît ne pouvoir se suffire à elle-même. En effet, nous pouvons concevoir dans le cadre de cette démarche la possibilité d'émergence de groupes humains établis sur la base des deux échelles de valeurs mentionnées, c'est-à-dire de groupes pour lesquels l'appartenance est liée au positionnement des individus sur les échelles intellectuelles et, morales et émotionnelles.
Ceci est impossible pour deux raisons.
D'abord, le danger potentiel dans une hiérarchie ne peut provenir que de la domination d'éléments de la partie haute de la hiérarchie sur des éléments de la partie basse. Ici, les caractéristiques intrinsèques des éléments hauts de cette hiérarchie qui pourraient constituer des groupes dominateurs sont totalement incompatibles avec des comportements de type domination, exploitation, violence, opposition, soumission. Au contraire, leur appartenance à des tranches hautes des deux échelles implique de grandes capacités d'empathie, d'écoute, d'altruisme, d'entraide, de sensibilité, de performances intellectuelles mobilisées pour le bien de l'humanité.
Ensuite, la nature même de cette nouvelle approche anthropologique et sociologique est directement opposée à la construction et à l'émergence de groupes. C'est une approche individuel et individualiste, où chaque élément revêt une identité et des caractéristiques propres, et où les interactions se font d'individus à individus. Il n'y a qu'un groupe humain objectif, c'est l'humanité.
On réalise donc que l'établissement des deux échelles de valeurs et de capacités mentionnées sur lesquelles pourront s'appuyer les politiques de développement individuel est l'élément fondamental du processus. En osant enfin reconnaître et utiliser ces deux échelles de valeurs objectives et rationnelles, concernant l'efficacité des fonctions intellectuelles mais également les valeurs morales et émotionnelles, et en désintégrant et transcendant les notions de groupes humains nécessairement subjectifs, l'humanité sera en mesure de développer idéalement la personnalité de chacun et ainsi de définir de manière globale une politique sociale, économique et culturelle dans laquelle chacun trouvera les ressources nécessaires et suffisantes pour une existence harmonieuse.